Digital Art : L'idée en mouvement… vivons l'art autrement ! L'artiste Simon Rudelle développe le concept d'Art Digital sur DVD en proposant des oeuvres originales qui défilent à l'infini sur l'écran, chez soi, au bureau ou à l'extérieur.Digital Art

ART DE L'EGYPTE
cours de Sabine Barbé
Atelier des Beaux Arts de la Ville de Paris
-
Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir dans une nouvelle fenêtre
Introduction chronologique
 
-3300 ans Epoque Nagada II
-3100 ans Epoque Thinite
-2700 ans Epoque Ancien Empire
Pharaons : Djeser, Chéops, Chéphren, Mykérinos
-2200 ans Première époque intermédiaire
-2060 ans Epoque Moyen Empire
Pharaons : Nebhetepré Montouhotep, Amenemhat I, Sésostris III, Amenemhat III
-1786 ans Deuxième époque intermédiaire
-1555 ans Epoque Nouvel Empire
Pharaons : Amosis, Thoutmosis III, Amenophis III, Amenophis IV-Akhénaton, Toutankhamon, Séthi I, Ramsès II, Ramsès III, Ramsès IV à Ramsès XI
-1080 ans Troisième époque intermédiaire
Pharaons : Psousennès I, Siamon, Chéchanq I, Osorkon I, Piyé (Piankhi), Chabaka
Domination successive des Libyens, Ethiopiens, Assyriens
-664 ans Basse Epoque
Pharaons : Ammeris, Psammétique I, Amasis
-332 ans Epoque Ptolémaïque (période hellénistique)
Alexandre le Grand, Ptolémée II Philadelphe, Cléopâtre VII
-30 ans Epoque Romaine
300 ans / 1100 ans Epoque Copte
641 ans Conquête Arabe
1799 ans Expéditions de Bonaparte : naissance de l'égyptologie
1822 ans Jean-François Champollion découvre la Pierre de Rosette permettant de traduire les hiéroglyphes
L'Egypte exerce une attraction phénoménale en raison de la forte symbolique de cette civilisation (nombreux mystères).
 

Géographie et richesses naturelles

On distingue généralement quatre régions, la Basse-Égypte, la Moyenne-Égypte, la Haute-Égypte et la Nubie.
L'Égypte multiplie les extrêmes :
- pays arabe le plus peuplé,
- 90 % de sa population habite dans une bande de terre fertile qui longe le Nil (10 km de large en moyenne)
- Le reste du territoire est désertique.

Au sud, le Nil se heurte à une barrière montagneuse.
A
u nord, le paysage devient de plus en plus plat et désertique jusqu'à se transformer en un vaste delta de 200 km de large plongeant dans la Méditerranée.
À l'est de la vallée se trouve le désert d'Arabie et par delà le canal de Suez, s'étend la péninsule du Sinaï, extension du désert d'Arabie, où le mont Sainte-Catherine culmine à 2642 m.
A l'ouest se trouve le désert de Libye, plateau aride ponctué de formations géologiques bizarres et d'oasis luxuriantes.

L'Egypte est riche en grès, granit, bauxite, or et de cuivre, turquoise, améthyste, malachite dans la région du Sinaï. En revanche, elle manque de bois (Liban), d'épices, lapis-lazuli (Proche-Orient), argent (Assyrie), eben, ivoire, huile (Afrique et Crète).

 
Cartes de la région
 
Le Nil : berceau de la vie et de l'Egypte

"L'Egypte est un don du Nil" disait Hérodote. Le fleuve est indissociable de l'identité égyptienne antique, car sans lui l'Égypte n’existerait pas. Le Nil va même être divinisé sous les traits de Hapy : dieu du Nil en crue. Il personnifie les richesses du fleuve et en assure la prospérité par de fréquentes inondations des terres cultivés. Hapy participe de la nature du Noun, l'océan primordial. L'eau est créatrice et va être liée au mythe de la naissance du monde.
 
Hapy : personnification divine du Nil

Hâpy était représenté sous les traits d'un personnage aux formes androgynes. Son corps est masculin aux chairs bleues évoquant le milieu aquatique mais il a deux grosses mamelles féminines qui assurent la prospérité aux Égyptiens. Son ventre est proéminent et gras (signe de fécondité), et il porte sur la tête un panache de plantes du Nil.
Au Nouvel Empire, il se dédouble et symbolise le Nil du Nord et le Nil du Sud : il est alors représenté sous la forme duale de jumeaux : l’un portant sur la tête des tiges de papyrus (symbole de la Haute-Égypte) et l’autre portant un nénuphar (symbole de la Basse-Égypte).
Moitié homme (Nord, Lotus, eau), moitié femme (Sud, Papyrus, terre fertile), les deux figures se lient. Au centre des deux figures se trouve le Séma-taoui ou trachée artère qui symbolise l'unification de la Haute et Basse Egypte, représentation d'un poumon en dessous.
On note l'importance de l'idée de fécondité : l'eau est un élément masculin, la Terre est un élément féminin. La pensée théologique va se contruire à partir de ce rapport du masculin au féminin, de l'eau qui génère la terre (idée de génération).

 

Long de 6 500 km, le Nil détermine les 3 saisons, en fonction de la montée et du retrait des eaux :
- saison des inondations (Akhet)
- émergence des terres (Peret)
- saison sèche (Shémou)

Par ses crues, le Nil dépose du limon fertile permettant de semer, cultiver… tant d'éléments fondamentaux pour la vie. Autour du fleuve et de ses affluents se développent les civilisations (culture, poissons, transports… ). Tout ce que n'atteint pas le fleuve sera irrigué, d'où une recherche d'unification du pays et un pouvoir centralisé.

Le succès de la civilisation égyptienne antique découle en partie de sa capacité à s'adapter aux conditions de la vallée du Nil. L'inondation prévisible du fleuve et le contrôle de l'irrigation de la vallée produit des récoltes excédentaires qui alimentent le développement social et culturel du pays.

Une civilisation de 3000 ans : alternance d'ordre et de chaos

Cette civilisation prend forme autour de -3150 avec l'unification politique de la Haute et de la Basse-Égypte sous le règne du premier Pharaon et se développe sur plus de trois millénaires. Son histoire est parsemée d'une série de périodes stables politiquement, entrecoupées de plusieurs périodes intermédiaires, plus troublées.
Cette dualité et constraste (chaos / ordre, fertilité des bords du Nil / stérilité des déserts) influence les esprits et la cosmogonie qui est axée sur l'idée d'un tertre primordial sortant des eaux primordiales, les eaux boueuses du chaos, sur lequel apparaît le créateur qui va façonner le monde. Cette vision du monde va déterminer et fonder cette civilisation.


Pourtant, le caractère le plus remarquable de l'Égypte ancienne est sa prodigieuse continuité. Car au-delà des mutations territoriales et des bouleversements politiques, cette civilisation a perduré pendant plus de trois millénaires : les grands principes de la culture égyptienne se sont maintenus et préservés ; le mode de vie au bord du fleuve Nil a très peu évolué, toujours rythmé par la crue, les impôts et les dieux.

Un Pharaon et une administration puissante

Afin de pallier à l'éventualité de la famine qu'aurait causée une mauvaise crue et des récoltes perdues, une administration compétente s’est mise en place dès les origines. Les surplus de grains étaient prélevés par l’impôt et stockés en prévision d’années moins favorables où le besoin se ferait sentir. Une armée de scribes et d’intendants s’occupait scrupuleusement du recouvrement. Ce corps de fonctionnaires a constitué de tous temps le principal pilier du pouvoir royal, le socle de la richesse et de la puissance du pays jusqu’aux débuts de l’industrialisation.
Au sommet de la hiérarchie, dirigeant l’ensemble, coordonnant les services, une seule autorité : Pharaon.
Le Pharaon tire directement son pouvoir des dieux. Il est à la fois leur descendant et premier serviteur. Il est l'incarnation de la fonction divine (représentant de Dieu, intermédiaire entre dieu et les hommes, il a un pouvoir absolu).
Le Pharaon est garant de l'ordre et du territoire unifié, condition essentielle de la stabilité du pays (donc de son exploitation).

Les envahisseurs successifs ne s’y sont pas trompés et ont constamment pris soin de sacrifier à la coutume. En se faisant couronner Pharaons ils garantissaient la continuité de l’État tout en gagnant une certaine légitimité auprès du peuple. Car le destin de celui qui occupe la fonction royale est intimement lié à celui de l’Égypte elle-même. Chaque affaiblissement du pouvoir central est potentiellement porteur de crise, alors que chaque fois qu’un homme fort occupe le trône, la paix du royaume est assurée. Ceci pourrait expliquer la facilité avec laquelle les Égyptiens ont accepté des rois étrangers, pourvu qu’ils respectent les traditions ancestrales.

Fonctions du Pharaon :
- Guerrière (puissance de l'animal taureau)
- Sacerdotale (premier prêtre à la tête du clergé)
- Gestionnaire de la crue
- Incarnation de l'Etat : il légifère et administre avec l'aide de scribes et de fonctionnaires. Il peut être secondé d'un Vizir (chef d''administration)

Signes distinctifs du Pharaon :
- Horus (dieu à tête de faucon)
- Némes (coiffe)
- Linge et ruban sur les cuisses
- Pagne
- Queue du taureau entre les jambes
- Crochet et fouet (domination sur les animaux)

L'Égypte antique atteint son apogée sous le Nouvel Empire puis entre dans une période de lent déclin. Le pays subit les assauts répétés de puissances étrangères dans cette période tardive et le règne des Pharaons prend officiellement fin en -31 ans avec l'Empire romain qui conquiert l'Égypte pour en faire une province.

Ecriture

Il existe trois types d'écrits chez les Egyptiens :
- Hiéroglyphe (hieros : sacré et gluphein : graver) : écriture sacrée sous la forme de signes (7000 signes différents). La plus ancienne inscription hiéroglyphique a été découverte sur une tombe dans l'antique site d'Abydos et remonte aux années -3250/-3200 ans, c'est-à-dire simultanément à l'apparition des caractères cunéiformes en Mésopotamie. Cette écriture fut employée pendant plus de 3000 ans.
D'abord, comme les sumériens, l'écriture a été pictographique, puis le signe sera l'équivalant du son (valeur phonétique) et de l'idée (
valeur idéographique). Des déterminatifs (petits signes) désignent par ailleurs le sens d'un mot. La lecture s'effectue dans tous les sens en fonction du décor où elle est écrite.
- Hiératique : écriture sacrée cursive (courante, rapide). Cette écriture a été créée à la même époque que l'écriture hiéroglyphique. Elle permettait aux scribes d'écrire rapidement en simplifiant les hiéroglyphes et était utilisée dans l'administration.
- Démotique : écriture secondaire cursive (simplifiée pour le peuple). Cette écriture sera a été créée dans le cadre d'une vaste politique de réformes administratives entreprise par les Pharaons à partir de -660 ans. Le nombre sans cesse croissant des documents produits par les scribes réclamait une écriture encore plus cursive et plus rapide que le hiératique. Le démotique s'étendit à toute l'Égypte et le hiératique perdit alors son rôle administratif et fut cantonné aux documents religieux, d'où son nom. L'écriture démotique sera remplacée en 332 ans par les signes alphabétiques grecs avec Alexandre le Grand.

 
Pierre de Rosette (-196 ans, Période ptolémaïque, 112 cm, British Museum)
La pierre de Rosette est un décret émis par un synode de prêtres instituant le culte royal du jeune Pharaon Ptolémée V, alors âgé 13 ans, pour célébrer sa première année de règne. Ce décret est doublement écrit en égyptien (écriture hiéroglyphique et démotique) et en grec.
En 1822, Jean-François Champollion déchiffre la pierre de Rosette et publie en 1824 un précis sur le système hiéroglyphique.

 


1. Epoque Nagada II

De -3300 ans à -3100 ans :

Art : Apparition de la sculpture en ronde-bosse (technique de sculpture en trois dimensions, qui, contrairement aux haut-reliefs et aux bas-reliefs, n'est pas physiquement attachée à un fond et observable sous n'importe quel angle), de la sculpture en bas-reliefs et du maquillage (fard) des yeux.

 
Palette des canidés (-3300 / -3100 ans, pierre, 32 cm, Musée du Louvre)

Cette palette comporte en son centre une cupule où l'on broyait le fard à maquiller. Ces palettes sont plus rituelles qu'utilitaires. Le coté utilitaire sert au maquillage (on se fait les yeux grands) mais aussi à se protéger du soleil et à éloigner les mouches.
Des animaux qui s'affrontent sont représentés : lions ou gros chiens, deux grandes giraffes. Des palmiers séparent les animaux.
 
Palette de la chasse (-3300 / -3100 ans, schiste, 40 cm, Musée du Louvre)
Cette palette représente des personnages armés, portant des casques, des pagnes avec des queues de renard et livrant bataille aux animaux du désert, ils repoussent le chaos. Leur visage est de profil, œil de face, torse et épaule de face, bassin de ¾ et jambes de profil. Cette posture restera la règle (canon) durant toute la civilisation de l'Égypte antique. Il manque la ligne de sol : idée du chaos. Leurs yeux étaient incrustés (emplacement).
 

Palette au taureau (-3300 / -3100 ans, schiste, 27 cm, Musée du Louvre)

Un taureau terrasse un homme frisé, nu, avec un étui phallique. Cela peut être une métaphore de l'ennemi (oriental, étranger) piétiné par le Pharaon, représenté par le taureau musclé incarnant la puissance.
Les premières divinités sont animales, puis les hommes vont s'attribuer leur force. Le Pharaon a la queue de taureau qui atteste cette puissance. Le petit lion serait un protohiéroglyphe.
 

Couteau de Djebel El Arak (-3300 / -3200 ans, 25 cm, silex et ivoire, Musée du Louvre)

La lame est en silex et le manche en ivoire d'hippopotame avec un bas-relief. Il s'agit probablement d'un couteau rituel car il est très finement taillé. Sur une face est représenté un combat naval opposant deux types de populations : les uns ont le crâne rasé, les autres une longue mèche tombant sur l'œil. Il doit s'agir des égyptiens se battant contre les sumériens. Sur l'autre face est représenté un combat terrestre entre deux lions (animaux du désert) et un dresseur au centre (motif mésopotamien du maître des animaux avec chapeau rond et barbe).

 

2. Epoque Thinite
 
De -3100 ans à -2700 ans :

Capitales : Abydos puis Memphis lors de l'unification.

Politique
: cette époque couvre les deux premières dynasties avec notamment le règne des Pharaons Scorpion et Ménès : unificateurs de l'Egypte.

Art : Apparition des premières tombes en brique pour les souverains (mastaba), premières représentations des premiers Pharaons unifiant l'Egypte vers -3000 ans.
 
Palette de Narmère (-3100 ans, bas-relief, 63 cm, Hiératonépolis, Musée du Caire)

La palette représente la lutte pour l'unification des deux royaumes d'Égypte (le Nord et le Sud) réalisée par le Pharaon Narmer. C'est une palette d'apparat, votive (vouée au culte).
Sur une face, le Pharaon terrasse ses ennemis et Horus tient par le nez le même ennemi. Horus donne à Narmer la victoire du Nord (faisceau de papyrus - couronne de la Haute Egypte). Les ennemis vaincus sont représentés de façon chaotique en dessous (il n'y a pas de ligne de sol).
La façade du palais en haut porte le nom du Pharaon. Sur l'autre face les ennemis sont décapités. Deux lionnes girafes sont domptées.

Femme drapée dans un manteau
(-3100 / -2700 ans, ivoire d'hippopotame autrefois peint, 13,5 cm, Musée du Louvre)
Cette sculpture ronde-bosse se trouvait dans tombe Thinite. Cette femme est engoncée frileusement dans un manteau, le bras gauche est replié sur la poitrine, le bras droit le long du corps, les jambes sont serrées, un vêtement lisse moule le corps. On note l'emplacement d'incrustations au niveau des yeux. Une raideur et un hiératisme (attitude conforme à des rites anciens) se dégagent.
 
Stèle du roi-serpent (-3000 ans, calcaire, 1,45 mètre, Moyenne Egypte, près d'Abydos, Musée du Louvre)
Cette stèle représente le dieu Horus à tête de faucon, protecteur de la royauté dont le Pharaon est la forme terrestre : "le roi est un Horus sur terre". Horus domine la stèle (de profil et queue de face). Le Pharaon est représenté par le serpent, dans son palais. Le Pharaon a son nom à l'intérieur de la cour du palais. Ce n'est pas encore un cartouche. On ne représente pas les choses telles qu'on les voit mais telles qu'on les sait (signification).
Les Pharaons de l'époque Thinite, enterrés à Abydos, ont marqué leurs tombes de ces stèles de pierre. La fonction de ces stèles était de matérialiser pour l’éternité la présence des défunts sur terre et de leur permettre de profiter du service d’offrandes assuré par la postérité.
Avant les pyramides, les tombeaux étaient constitués d’un caveau recouvert d’un massif de briques de terre crue, de forme simple. La pierre était peu utilisée. Autour des tombes royales, des dignitaires ayant servi les souverains ont eu la faveur d’installer leurs sépultures. Eux aussi ont fait sculpter des stèles à leur nom, mais celles-ci sont de dimensions modestes (de 30 à 50 cm), de formes irrégulières et de facture maladroite.
 

3. Epoque Ancien Empire
 
De -2700 ans à -2000 ans :

Capitale : Memphis

Politique : il y a de nombreuses expéditions et une politique de conquête.

Religion :
Cosmogonie d'Héliopolis : c'est le mythe de la création du Monde apparu dans la ville d'Héliopolis. O
n parle aussi de l'Ennéade d'Héliopolis (9 dieux).
 

- Noun : on peut considérer le Noun comme un concept plutôt qu’un dieu. Il est l’océan qui a fait la Vie et qui fera la Mort ; sans créateur, il s’étend autour du monde. Tous les mythes de création ont une chose en commun, ce Noun, d'où naquit le dieu-créateur. Les égyptiens voyaient dans le Nil une subsistance de l’Océan primordial. C’est en son sein que naquit le premier dieu, Atoum puis sortirent Rê-Atoum-Khépri, Thot, Ptah, Sokaris, Khnoum et bien d’autres dieux. Ces dieux sont appelés Créateurs et sont les divinités se rapportant à l’Océan primordial, elles sont nées du chaos divin, du concept vital. L’océan fut donc aussi appelé le père des dieux.
Noun était plus qu'un océan, il était une vaste étendue d'eau immobile. Même après la création du monde, Noun continue d'exister pour revenir un jour, le détruire et recommencer le cycle. Après la création, Noun a joué un rôle dans la destruction de l'humanité quand les hommes n'ont plus respecté et n'ont plus obéi à Rê dans sa vieillesse. Rê a rassemblé tous les dieux et déesses, y compris Noun. Noun a proposé que Rê jette son œil pour détruire l'humanité. Et l'œil de Rê, sous la forme de la déesse Sekhmet voyage à travers l'Égypte tuant tous les mortels.
Noun est représenté comme un homme barbu, avec un corps bleu ou vert, symbolisant l'eau et la fertilité. Parfois il est aussi montré avec des seins femelles. Dans une de ses mains il tient un tronc de palmier (stipe), symbole de longue vie et en porte encore un dans ses cheveux. Il est également parfois représenté sous la forme d'une divinité à tête de grenouille.
- Atoum / Rê ou Ra : il occupe la place du démiurge : il ne crée pas le monde ex nihilo, mais façonne les êtres à partir de la matière préexistante et les sépare. C'est lui qui de sa semence engendre le premier couple divin, Shou et Tefnout, d'où descendent les principaux dieux de l'Égypte antique.
Il est associé au dieu Rê ou Ra. Sa naissance serait attribuée à la déesse Neit, qui aurait mis Rê au monde sous la forme d'un œuf. Rê sortit de l'œuf et fut aveuglé par la lumière. Cette lumière fit couler des larmes de ses yeux, d'où naquirent les premiers hommes. Cependant, d'après Neil Philip dans son œuvre Mythes et Légendes, il semblerait que Rê se soit créé lui-même en se nommant, comme il créera les éléments de la vie en les faisant sortir du Noun, l'océan primordial. Il devient la divinité principale sous l'Ancien Empire. Il est souvent représenté avec une tête de faucon sur laquelle est posé le disque solaire protégé par le cobra dressé.
- Osiris est le dieu des morts et de l'au-delà, force fécondante.
- Isis est l'épouse d'Osiris, trône de l'Egypte, force génératrice.
- Seth est le dieu du chaos.
- Nephtys est l'épouse de Seth.

Osiris est désigné par les Dieux pour exercer la royauté sur Terre. Seth est jaloux d'Osiris. Il l'assassine, le découpe en morceaux et les met dans un coffre qu'il jette dans le Nil. Isis retrouve 14 bouts de son époux Osiris, mais il manque le pénis avalé par un poisson. Isis va retrouver la flamme fécondante d'Osiris pour enfanter Horus (fécondation virtuelle car Osiris est mort). C'est le souffle qui lui donne vie. Horus va ensuite se venger et combattre Seth. Il lui rompt les parties et Seth lui arrache un œil. C'est le combat entre la lumière et les ténèbres.

Maat : équilibre cosmique du monde créé, vertus de modération, discrétion, générosité.
Le peuple est extrêmement soumis aux principes moraux de la Maat. Le peuple est serviteur, il s'associe aux fêtes mais ne fait pas partie du culte religieux. La religion n'est pas populaire, elle est élitiste.


Art :
Architecture : du mastaba aux pyramides lisses
A l'origine, la tombe funéraire est un mastaba ("banc" en arabe), c'est à dire une construction rectangulaire aux murs droits, puis légèrement inclinés vers l'intérieur comme la base d'une pyramide. Il n'y a qu'un seul étage. Une porte donne accès à une chapelle funéraire. Les parois de cette pièce peuvent être recouvertes de scènes de la vie quotidienne du défunt. Sur le mur, face à la porte, est gravée une fausse porte qui mène symboliquement vers le royaume des morts. Cette porte est conçue pour faciliter le retour du défunt dans le royaume des vivants. Un puits, partant du sommet du mastaba, s'enfonce dans le sol jusqu'à plus de 20 m de profondeur selon l'importance du dignitaire et donne sur la chambre funéraire où repose le défunt dans son sarcophage. Le mastaba est à la fois une sépulture pour l'enveloppe charnelle du défunt et le lieu de résidence de son "Ka" (c'est-à-dire ses énergies vitales). C'est pour cette raison que la forme du mastaba rappelle celle d'un palais.

Les mastabas sont devenus des pyramides à degrés, constituées de plusieurs étages successifs ayant la forme globale d'un escalier gigantesque s'élevant vers le ciel. La première et la plus célèbre de ces pyramides à degrés est la pyramide de Djéser à Saqqarah, dont l'architecte était Imhotep. Celui-ci voulut ériger une pyramide à degrés s'élevant, tel un escalier gigantesque, vers le ciel afin de symboliser l'ascension du défunt du « monde souterrain » vers les « Cieux ».

La pyramide est construite à l'image des rayons du soleil. Elle est aussi l'image du tertre primordial (dieu Atoum). Leur construction n'a pas nécessité d'esclaves. Ce sont des paysans payés qui alternent entre le travail de la terre et la construction des pyramides.
La pyramide, tombeau du Pharaon, est entourée d'une enceinte sacrée et d'un temple funéraire relié au temple de la vallée près du Nil. Lors des funérailles, il y a d'abord des cérémonies de purification au temple du Nil puis des cérémonies de la bouche et des yeux au temple funéraire (ouverture à l'au-delà).

Sculpture et peinture :
Dans la statuaire égyptienne, ce qui est important n'est pas ce qu'on voit, mais ce qu'on sait.
La statue est compacte et solide (bras souvent replié, jambes droites) : volonté de représenter le défunt pour l'éternité, sans risque de casse pour ne pas disloquer le défunt et volonté de ne pas affaiblir la pierre pour ne pas blesser l'image vivante du défunt.
Le visage doit être réaliste dans ses expressions. On utilise de l'ocre jaune pour représenter la femme et de l'ocre rouge pour l'homme. La taille des personnages est croissante en fonction de leur niveau hiérarchique.
Le visage est de profil, œil de face, torse et épaule de face, bassin de ¾ et jambes de profil.
Le petit peuple échappe à cette convention : ils peuvent avoir des postures différentes.
Présence d'une croix de vie.

Pour les techniques de peintures, o
n utilise des pigments minéraux qui ne s'altèrent pas à la lumière :
- Rouge : oxyde de fer
- Bleu : azurite, lapis-lazuli
- Jaune : sulfure d'arsenic, or piment de perse
- Vert, bleu : cuivre
- Blanc : chaux, gypse
Ces minéraux sont réduits en poudre à laquelle on ajoute de la gomme pour obtenir des pains de couleur. On les mélange pour obtenir des nuances : Blanc et Noir pour le Gris, Rouge et Blanc pour le Rose, Noir et Rouge pour l'Orange. On délaye à l'eau. Le liant peut être de l'œuf (tempéra) ou de la gomme (détrempe). Soit le mur est raclé, soit on a un sorte d'enduit à base de limon du Nil associé à du gypse.
Il ne s'agit donc pas de fresques (peinture murale exécutée à l'aide de peinture délayée à l'eau sur une couche de mortier frais à laquelle ces couleurs s'incorporent).

 
Statues de Sépa et Nésa (-2700 / -2620 ans, calcaire polychrome, Musée du Louvre)
1. 2.

Ces statues sont les plus anciens exemples connus de représentations grandeur nature réalisées en Egypte pour des particuliers. La lecture de leurs titres, inscrits sur le plat des socles, confirme leur rang social élevé. Sepa, proche du souverain, occupait des postes importants dans l'administration en tant que "préposé aux Affaires royales" et "grand des dizaines du Sud". Ses titres de "prêtre du dieu Kherty" et de "Bâton du Taureau blanc" attestent qu'il avait aussi des responsabilités au sein des domaines religieux. Le titre de Nesa "la Connue du Roi" indique qu'elle était également introduite au palais.
L'homme "Sépa" mesure 169 cm : il porte un sceptre de commandement et un grand bâton de fonction. Son bras droit est le long du corps et ses jambes sont massives avec un plein entre les deux pour qu'elles soient moins fragiles.

La femme "Nésa" mesure 155 cm: elle a les pieds joints, des vêtements moulants. Son bras droit est le long du corps, son bras gauche replié sur le ventre. Elle porte de nombreux bracelets.
Ils sont vêtus de lin, coiffés de perruques, leurs yeux soulignés de fards vert et noir. Les figures sont idéalement jeunes ; d'une jeunesse sereine qui constitue un idéal que l'individu veut conserver dans l'au-delà. Mais il y a aussi des éléments de ressemblance avec le défunt ; des éléments ponctuels (attributs, perruques).

 
Pyramide de Djéser (-2630 / - 2610 ans, 62 mètres de haut et 125 mètres de côté, Saqqarah)
Pharaon de la IIIe dynastie (vers -2 700 ans jusqu'à -2 620 ans). C'est la première pyramide à étage construite par Imhotep (astronome, physicien, médecin, écrivain, chancelier et grand prêtre du Pharaon). Cette pyramide est un tombeau fictif car le souverain était enterré à côté. La première momification date de cette époque, vers 2610.
 
Le scribe accroupi (-2620 / -2500 ans, Saqqarah, Calcaire peint, 54 cm, Musée du Louvre)

La fonction de scribe est la plus profitable à l'époque. (intellectuel de nos jours). La position du personnage et le matériel dont il se sert désignent un cadre supérieur de l’administration royale.
Pour la pupille, on a creusé circulairement à l'arrière, ce qui donne de la profondeur au regard. Les globes oculaires sont en cristal de roche poli et de la pierre blanche est utilisée pour la cornée. Le maquillage est rendu par le vert de cuivre. On retrouve l'aspect massif du bras caractéristique de cet empire, mais pour le visage il y a une note de réalisme. Son visage présente des traits qui dénotent la qualité d’observation du sculpteur : l’ossature sous-jacente, les lèvres minces et pincées, les narines dilatées donnent l’impression d’un portrait.

 

Statues de Rahotep et Nefret (-2613 / -2500 ans, Méïdoum, Calcaire peint, 1,22 mètres, Musée du Caire)

Rahotep, durant la IVe dynastie est grand prêtre d'Héliopolis, général, ainsi que prince de Pe, une des villes saintes de l'Égypte antique. La mastaba de Rahotep renferme ces deux statues de Rahotep et sa femme Nefret.
- "Rahotep" : de couleur ocre rouge. Il porte la moustache, un pagne et un collier. Il a les bras très près du corps.
- "Nefret" : de couleur ocre jaune, elle a un collier à sept rangs et une coiffe tripartite.
Les yeux sont très réalistes : cornée en quartz blanc, pierre précieuse pour la pupille. C'est un regard d'humain mais en même temps il y a une grande stylisation (hiératisme). Avec le regard, les sculpteurs ont voulu se rapprocher de la réalité.
 
Statue du Pharaon Kephren (-2600 ans, diorite verte, 168 cm, Temple de la Vallée du Pharaon, Musée du Caire)
1. 2. 3.
La statue se trouvait à Gizeh dans le temple de l'ensemble funéraire du Pharaon Képhren, Pharaon de la IVe dynastie.
Le Pharaon est assis sur son trône, son regard semble lointain. Il porte le pagne royal (chendjit), le couvre-chef (némès : symbole de la déesse vautour Nékhbet) composé de plusieurs parties : coiffe, bandeau frontal avec une représentation du cobra femelle (assimilée à l'œil de Ré, soleil créateur, qui est un symbole de protection car sa flamme terrasse l'ennemi), les ailes sur le côté du visage jusqu'aux épaules (les ailes protectrices de la déesse vautour Nékhbet), les retombées prolongeant les ailes et se rabattant sur la poitrine, la tresse à l'arrière du couvre-chef allant jusqu'au milieu du dos.
La nuque est protégée par le faucon Horus qui enserre de ses ailes protectrices la royale tête : "Le Pharaon est un Horus sur Terre". Il porte la barbe postiche, symbole de royauté (la barbe est droite lorsque le Pharaon est vivant et recourbée comme les dieux lorsqu'il est mort).
Le Pharaon possède aussi une queue de taureau située entre ses jambes (symbole de puissance guerrière).
Sur le bas côté du siège du Pharaon est réprésenté le symbole de l'unification de la Haute et Basse Egypte (Sema-taouy) : deux plantes emblématiques (lotus pour la Haute Egypte et le papyrus pour la Basse Egypte) sont nouées autour d'une traché artère qui symbolise l'union ("sema"). Symboliquement réunies, les Deux-Terres vivent en paix sous l'autorité du Pharaon.
 
Mastaba de Nefermaat (-2600 ans, 120 mètres par 68 mètres, Meidoum)
1. 2.

Le prince Néfermaât est fils du Pharaon Snéfrou (IVe dynastie) dont il fut le vizir. Son nom signifie littéralement « beauté/perfection de la justice (Maât) ». Il fit représenter dans son tombeau de Meïdoum pas moins de quarante-cinq domaines lui appartenant. Les célèbres Oies de Meïdoum faisaient partie d'une scène de capture d'oiseaux au filet, dans le mastaba qu'il partageait avec son épouse Itet.
Comme la pyramide, le mastaba comporte trois éléments constitutifs :
- une chapelle d'offrandes : les vivants y accèdent pour honorer le défunt en déposant des offrandes sculptées et organiques pour subvenir aux besoins du défunt dans l'au-delà. Une statue du défunt est située derrière la chapelle d'offrandes : elle se nourrit des effluves des offrandes. La statue incarne le "Ka" du défunt (élément statique représentant le double immatériel de l'être et qui incarne les forces vitales, l'énergie vitale).
- en dessous, un puit
- puis la salle du sarcophage où se trouvent le défunt et des objets représentant les offrandes. Ces images nourrissent le défunt éternellement. C'est ici qu'évolue le "Ba", l'âme demeurant sur Terre après la mort et qui peut aller se reposer dans le corps la nuit.

Précisions sur le "Ka" et le "Ba" :
- Le Ka est l'énergie vitale, sorte de force qui entretient la vie, confère par sa présence nourriture, protection, santé, bonheur au corps. Quand un homme naît, son Ka est modelé par le dieu créateur Khnoum sur son tour de potier. Le Ka ne quitte jamais la personne, il grandit avec elle. Après la mort, pour survivre, le Ka a besoin d'un support : le corps momifié ou à défaut une représentation du défunt, statue ou image gravée ou peinte (cette conception fait de l'art égyptien, un art utilitaire accordant à l'homme une vie éternelle). C'est au Ka du défunt que l'on apporte les offrandes alimentaires nécessaires à la vie dans l'au-delà. Le Pharaon est le seul à être uni à son Ka de son vivant, c'est la personnification de sa nature divine. Les autres hommes ne fusionnent avec leur Ka qu'après leur mort. Les formules "rejoindre son Ka" ou "passer son Ka" sont synonymes de mourir.
- Le "Ba" est l'âme extérieure. Le Ba incarne l'âme du mort et est représenté sous la forme d'un oiseau, ibis ou faucon par exemple, à tête humaine. Sorte de double de l'individu, le Ba reprend sa liberté après la mort : comme un fantôme volant, il sort de la tombe, survole les endroits qu'aimait le défunt pour le faire participer à la vie extérieure puis revient se poser sur la momie. Le corps et le Ba doivent rester unis : "Tu montes, tu descends... tu glisses, comme ton coeur le désire, tu sors de ton tombeau chaque matin, tu y rentres chaque soir".

 
Les oies de Meidoum (-2600 ans, 173 cm par 28 cm de hauteur, Meidoum, Musée du Caire)

Figurant parmi les premières peintures égyptiennes, les célèbres Oies de Meïdoum faisaient partie d'une scène de capture d'oiseaux au filet, dans le mastaba du Néfermaat et de son épouse Itet. Elles datent de l'époque la IVe dynastie. Sont particulièrement frappants les tons naturels de la peinture, appliquée sur une couche de stuc couvrant elle-même un enduit de terre. Des plantes d'un vert tendre, aux fleurs rouges, évoquent le paysage des rives d'un étang.
Les deux oiseaux situés à gauche sont en fait des bernaches à cou roux, proches des oies véritables.
 
Stèle de Nefertiabet (-2590 / -2565 ans, calcaire polychrome, Gizeh, Musée du Louvre)
La princesse Nefertiabet est l'épouse du Pharaon Khéops sous la IVe dynastie. Cette stèle fut scellée sur la paroi extérieure de son tombeau à Gizeh, au pied de la grande pyramide. Emmurée par la suite, elle se trouva protégée de l'usure du temps et des hommes. La raison d'être première de cette stèle, qu'elle ait été cachée ou non, est avant tout fonctionnelle : elle fait vivre ce qu'elle reproduit, c'est-à-dire le repas de Néfertiabet entourée de tous ses biens matériels, depuis le moment où elle a été créée et pour toujours - assurant de la sorte à la princesse la vie éternelle et ses agréments.
Nefertiabet a les bras serrés, devant sa table d’offrandes. Elle porte une robe moulante en léopard et une perruque tripartite.
Tous les aliments destinés au séjour de la défunte dans l'au-delà (viande rouge, blanche…) sont représentés. Elle fait honneur à son repas. Des aliments et des chiffres multiplicateurs sont représentés.
On est en présence à la fois d'une peinture, d'un relief et d'une écriture. Le décor est l'écriture et donne le sens de la lecture. Ce sont en particulier les animaux qui donnent le sens de la lecture. Si l'animal regarde à gauche, on lit de gauche à droite. On note que les personnages et dieux sont souvent placés à gauche de la représentation.
 
Pyramides de Khéops, Képhren, Mykerinos (-2560 / -2500 ans, Gizeh)

Construites sous la IVe dynastie, ces pyramides sont composées de trois éléments : un noyau central en gradins, des blocs de remblai et des blocs de coffrage. Au sommet se trouve un pyramidion en or. On estime qu'il a fallu 20 à 30 000 hommes (paysans et non esclaves) pour construire, sur 80 ans, la pyramide de Khéops. Hauteur : Khéphren : 143,5 mètres, Khéops : 146 mètres, Mykérinos : 65.5 mètres.

 
Sphinx de Gizeh (-2560 / -2500 ans, sculpture sur falaise, 74 mètres de longueur, 22 mètres de hauteur, Gizeh)

C'est un lion couché avec les insignes royaux. Le visage est un portrait, idéalisé, du Pharaon (Khéphren ou Khéops). Il incarne la force du lion, la sérénité et l'amabilité (sourire). La tête est tournée vers le soleil levant. Le lion attend le soleil chaque matin, il garde le seuil entre le jour et la nuit, l'orient et l'occident, la vie et la mort (cycle, renaissance, certitude d'une nouvelle vie à chaque lever de soleil).

 
Chambre funéraire d'Ounas (-2350 ans, Saqqarah)
1. 2.

Ounas fut le dernier Pharaon de la Ve dynastie (de -2356 jusqu'à -2323 ans). Dans sa pyramide se trouve une chambre funéraire revêtue de calcaire sur trois côtés et contenant un sarcophage de basalte noir sans aucune inscription. Son plafond, comme celui de l'antichambre, est constitué de grosses dalles de calcaire inclinées formant un toit à deux pentes et décoré d'étoiles. Les parois de la chambre funéraire, de l'antichambre et d'une petite partie du couloir qui la précède sont ornées d'inscriptions hiéroglyphiques disposées en registres verticaux auxquelles on donna le nom de « Textes des pyramides ». Ces textes, découverts en 1881 par Gaston Maspero, constituent les toutes premières inscriptions sur les parois internes d'une pyramide. Leur découverte fut primordiale pour l'égyptologie moderne : formules magiques, textes rituels et prières, ces textes préservent le défunt de la mort définitive. Ces textes contiennent les préceptes moraux et la signification de la sépulture : le Pharaon est assimilé au soleil et à sa mort, il va dans les cieux en devenant le soleil, un Dieu. Il accède à l'immortalité dans les cieux, contrairement au particulier qui accède à l'immortalité mais reste dans la tombe.
Les empires suivants auront également leur texte gravé dans les tombes : le texte des sarcophages au Moyen Empire et le livre des morts au Nouvel Empire.

 

4. Epoque Moyen Empire
 

De - 2200 ans à 1786 ans :

Capitale : Thèbes

Politique :
-2200 ans : Période intermédiaire avant le Moyen Empire : troubles (nombreux morts). Les grands fonctionnaires de Thèbes vont soumettre le pays entier et fonderont le Moyen Empire.
-2060 ans : Moyen Empire. La capitale devient Thèbes et les Pharaons se font enterrer dans la montagne thèbienne. Les pyramides sont moins nombreuses et plus modestes.
-1878 ans (-1842 ans) : règne de Sésostris III, cinquième Pharaon de la XIIe dynastie. Son règne marque l'apogée du Moyen Empire. Ce Pharaon est resté dans la mémoire des Egyptiens comme l'un des plus grands de leur histoire. Sésostris III hérite d'un pays que ses prédécesseurs ont bien géré et su faire prospérer durant une longue période de paix. L'activité économique et commerciale florissante de l'Egypte attire de nombreux travailleurs asiatiques dans la vallée, et l'influence égyptienne est plus forte que jamais à Byblos, la vieille cité amie de Phénicie (Liban).
Dès son accession au trône, il entame une réforme administrative radicale qui brise le pouvoir de ces dignitaires locaux. La charge de nomarque (fonctionnaires qui administraient les nomes ou provinces au nom du Pharaon) est supprimée, et la gestion du territoire confiée à trois ministères régionaux (Nord, Sud et Nubie). Chacun des trois ministres est un fonctionnaire nommé par le Pharaon, qui travaille sous l'autorité directe du vizir. Cette réforme entraîne la création de nombreux postes de fonctionnaires subalternes (officiers, scribes) qui constituent une nouvelle « classe moyenne » prospère et dévouée au Pharaon.
Hors de l'Egypte proprement dite, Sésostris III doit assurer la reprise en main de la Haute-Nubie. Cette pointe méridionale des possessions égyptiennes subit alors les incursions régulières de tribus kouchites venues du Sud. Le Pharaon pacifie la région en quatre campagnes militaires. La frontière est renforcée par la rénovation ou la construction d'un réseau de huit forteresses pourvues de garnisons. Les habitants de la province, reconnaissants, placeront Sésostris III au rang des divinités locales. Au Nord, le Pharaon lance une expédition militaire contre les Mentjiou, turbulents nomades sémitiques qui menacent régulièrement le nord-est de l'Egypte. Cette campagne le mène jusqu'en Palestine: il est le premier Pharaon à mener de vraies opérations de guerre en Asie. Les sources égyptiennes mentionnent à cette occasion la ville de Jérusalem.
Pour sa mort, Sésostris III se fait construire une pyramide à Dashour, au nord de Licht, résidence de la XIIe dynastie.

Un changement se produit pour légitimer le pouvoir : les Pharaons doivent faire appel à un dieu pour obtenir l'immortalité alors qu'avant il survivait naturellement dans la tombe. Osiris devient le dieu des morts. Il est chargé de juger le Pharaon en pesant son cœur.

Religion :
Osiris est particulièrement honoré. Il devient dieu des morts.

Art :
Apparition des statues votive en forme de cube pour les particuliers
Changement des conventions : étirement des formes
Apparition du bronze, Texte des sarcophages dans les tombes

 
Figurine d'hippopotame (-2033 / -1710 ans, nécropole de Thèbes, 20,5 cm x 12,7 cm, pâte de quartz coloré en bleu)
Cette figurine d'hippopotame présente dans les tombes est le symbole de Seth (mal). Les dessins d'algue sur le corps signifient qu'il est au fond des eaux, maintenu immobile et qu'il ne peut en remonter, il est donc inoffensif.
 
Statuettes féminines : concubines du mort (-2033 / -1710 ans)
Présente dans les tombes, parfois sans jambes ni bras, elle a pour fonction d'inciter le mort à l'acte sexuel "pour permettre au défunt de renaître de ses propres œuvres".
 
Modèles réduits (-2000 / -1900 ans)
1. 2.
3.

Les modèles réduits et peintures servent à représenter le quotidien au service du défunt (greniers, chaînes de labourage). Les objets, animés du souffle divin, vont pouvoir vivre et travailler pour que le défunt soit immortel dans sa tombe.
1. Barque funéraire (80 cm, Musée d'ethnographie Neuchâtel) : évocation d'un pèlerinage lors des funérailles. Cela renvoie au voyage que la momie fait régulièrement pour rendre visite à Osiris.
2. Atelier de menuiserie (Musée du Caire, XIe dynastie)
3. Grenier (-2000 / -1900 ans, Musée du Louvre)

 
Porteuse d'offrandes (-1950 ans, 108 cm, bois de ficus sculpté et peint, Musée du Louvre)

Ligne allongée, corps en mouvement, vêtement peint, robe moulante. Elle est destinée à nourrir le défunt de façon éternelle. La statue tient un panier sur la tête avec un cuisse de bœuf et de l'autre main un vase d'eau.

 
Grande statue du chancelier Nakhti (-1943 /-1898 ans, Bois d’acacia polychrome, 178 cm, Musée du Louvre)
Cette statue date du début de la XIIe dynastie, sous le régne de Sésostris I.
Ce grand dignitaire se tient debout, jambe gauche en avant, ses bras le long du corps. De sa main droite, aux doigts trop longs, il retient le pan de son vêtement. Son poing gauche devait peut-être tenir un sceptre, marque de son autorité. Le visage de Nakhti a perdu l’expression d’humanité initiale que l’artisan avait dû lui conférer avec une légère couche de stuc coloré dont on peut encore remarquer les traces auprès des incrustations de l’œil gauche, sur le front et les oreilles. Sur le socle, une inscription en équerre indique la haute dignité de Nakhti, reconnue tant dans le monde des morts qu’ici bas : "Le bienheureux auprès d’Osiris-maître-de-l’Occident-dans-toutes-ses-places, le chancelier Nakhti, excellent." Nakhti a le titre de « Chancelier, Commandant des navires ». Lors de sa découverte, la momie de Nakhti est ainsi décrite : « Nakhti dut succomber en pleine vigueur et dans la force de l’âge. Son crâne, du type dolichocéphale, et sa face avaient été rasés de près au moment des opérations de momification. Les sourcils, très noirs, étaient encore apparents ; les oreilles étaient petites, ourlées et bien plantées. Les mains, aux doigts longs et effilées, avaient les ongles soignés et coupés ras. ».
 
Linteau d'une porte : Sésostris III offre du pain à Montou (-1862 / -1843 ans, 107 cm x 226 cm, Calcaire, Musée du Louvre)
Ce linteau représente le Pharaon Sésostris III à la fois jeune et vieux : cela signifie que le Pharaon va assumer les étapes du cycle solaire : Aube (Jeune), Midi (Force de l'âge), Crépuscule (Vieux). Le cycle de la vie et le cycle solaire se confondent. La face cachée du soleil ne fait que préparer la résurrection.
Il y a aussi l'idée de l'équilibre dans cette représentation.
Le Pharaon offre à gauche un petit pain blanc conique, et à droite un gâteau. Les textes en colonne devant le dieu restituent ses paroles : "Je te donne toute santé et toute joie comme Rê", "Je te donne toute vie et pouvoir, toute stabilité comme Rê". Grâce à cet échange quotidien au sein du sanctuaire, le dieu est satisfait, le Pharaon est puissant, et l'équilibre du monde est maintenu. Le dieu guerrier Montou en son temple de Médamoud a pour mission de protéger le nord de Thèbes.
 
Sésostris III (-1850 ans, Musée du Louvre (1), Musée Egyptien de Berlin (2), British Museum (3))
1. 2. 3.
Sésostris III porte les signes distinctifs du Pharaon : Némes (coiffe), linge et ruban sur les cuisses, pagne, queue du taureau entre les jambes.
 
Statue "cube" de Nakht (- 1700 / -1600 ans, Musée du Louvre)

Le personnage est représenté accroupi sur le sol, les bras croisés, posés sur les genoux serrés contre sa poitrine. Seule la tête et la coiffure émergent de cette masse de pierre immobile qui laisse à peine percevoir les mains et les pieds. Cet ensemble qui constitue un cube parfait aux angles arrondis donne la possibilité de graver de longues inscriptions hiéroglyphiques sur les surfaces à peine modelées.
La forme simplifiée du corps, avec son visage aux traits conventionnels, permettait une production en masse ; leur vente aux pèlerins à l'occasion des fêtes annuelles, permettait à ces derniers de la déposer comme offrande votive à l'intérieur du temple après avoir fait graver leur nom.
L'apparition de ces statues cube date du début de la VIe dynastie dans les figurines en bois assises dans des barques funéraires dont le but était de permettre au défunt d'accomplir le pèlerinage en Abydos (ancienne ville sainte d'Égypte vouée au culte du dieu Osiris et située à 70 km au nord-ouest de Thèbes). Ce pèlerinage permettait au défunt de participer aux mystères d'Osiris où la mort et la résurrection étaient annuellement célébrés.

 


5. Epoque Nouvel Empire

-1 555 ans jusqu'à -1 080 ans :

Capitale : Thèbes, Akhetaton (à mi-chemin entre Memphis et Thèbes)

Politique :
-1786 ans : Deuxième Période intermédiaire avant le Nouvel Empire marquée par des invasions de nomades du Nord Est (Hyksôs : groupe pluriethnique vivant dans l'Asie de l'ouest). Ces attaques donnent lieu à des dynasties dominées par des étrangers. Les Hyksos introduisent de nouveaux armements en Égypte comme l'arc composite, le cheval et le char.
-1565 ans : n
ombreuses conquêtes qui apportent richesse et raffinement. Les dynasties de cette époque sont les plus prospères.
-1355 ans : règne de Akhénaton IV (Révolution amarnienne de -1355 ans à -1338 ans)
Le Pharaon Akhénaton IV (ou Aménophis en grec) décide de créer un nouvelle capitale, Akhetaton (le nom arabe du site est Tell el-Amarna, d'où l'adjectif : amarnien). La cour et la chancellerie royale déménagent à Akhetaton et les notables qui suivent le Pharaon se font creuser leurs sépultures dans les falaises entourant le site. Construite à la hâte et en grande partie en briques crues, la ville ne résistera pas à l'épreuve du temps, aidé en cela par les successeurs d'Akhénaton qui chercheront à effacer toute trace de l'« hérésie » amarnienne.
-1279 ans : règne de Ramsès II, appelé aussi Ramsès le Grand, est le troisième Pharaon de la XIXe dynastie. Son règne est d'une exceptionnelle durée pour l'époque : 67 ans. Il est réputé être un grand guerrier et conquérant. Il lutte contre les Hittites et, assurant la domination de l'Égypte sur la Nubie et ses gisements aurifères, il y construit une série de temples dont les plus célèbres sont ceux d'Abou Simbel. Il copie les équipements des orientaux (cote de maille, casque, épées, flèches, chars) mais ces équipements coûtent chers, ce qui entraînera une crise économique (la première grève des ouvriers de la nécropole date de cette époque). Ramsès II est considéré (à tort ou à raison) comme le Pharaon opposé à Moïse lors de l'Exode. L'ensemble de ces données issues de l'archéologie ou bien de la mémoire collective fait de Ramsès II l'un des Pharaons les plus connus à travers le monde.
-1193 ans : La décadence commence avec Ramsès III.

Religion :
De -1555 à -1355 ans : à cause des troubles des périodes intermédiaires, les Pharaons ont besoin d'affirmer leur en s'arrogeant l'image des dieux. Pour légitimer leur pouvoir, ils entreprennent la construction de "châteaux de milliers d'années" dans la Vallée des Rois. Ces demeures combinent le temple funéraire et le temple divin (culte du défunt et du Ka du défunt). Ainsi, le Pharaon et le Dieu se rapprochent.
De -1355 ans à -1338 ans : le régne de Akhénaton IV est marqué par un ensemble de réformes uniques dans l'histoire de l'Égypte ancienne : « le roi hérétique » proclame la suprématie du dieu Aton (soleil : dieu unique et visible), ferme les temples du dieu thébain Amon, interdit le culte des dieux traditionnels et confisque les biens du clergé au profit de l'État. On parle de révolution armarnienne car Akhénaton IV va imposer un dieu unique pour tous les peuples du royaume. Le Pharaon devient l'unique intermédiaire entre les hommes et la divinité. "Personne ne te connaît à part ton fils Akhenaton", proclame le grand hymne à Aton. "Adore le roi car il est unique comme Aton". L'idée d'une religion unique est politiquement une manière de contrôler.

Art
:
De -1555 à -1355 ans : l'art égyptien atteint son apogée à cette période. C'est de cette époque que nous viennent les plus beaux témoignages architecturaux dont les « châteaux de milliers d'années » (temple de Louxor, tombe de Séthi Ier, Ramesséum, Abou Simbel, etc.).
De -1355 ans à -1338 ans : sous le régne de Akhénaton IV a lieu une révolution esthétique. Un changement dans la statuaire se produit : douceur des traits, qualité des motifs des cheveux et perruques, égalité entre la femme et l'homme (la société égyptienne est fondée sur la famille, la femme est indépendante financièrement et elle est à égalité avec l'homme). En rupture avec le passé, l'art se caractérise par une représentation "expressionniste" ou "caricaturale" des personnages et surtout de la famille royale. Cette représentation contraste avec une figuration délicate de la nature, un naturalisme où abondent les plantes, les fleurs et les animaux.
Il instaure de nouveaux motifs et styles dans l'art : scènes de genre (iljoue avec sa fille) et d'intimité (calins, Pharaon avec sa femme sur ses genoux), rubans et voiles qui volent, soldats qui courent. Il y a du mouvement dans les représentations, avec des reliefs en creux. Les fesses et les ventres sont valorisés par des vêtements moulants plissées (organes créateurs puisqu'il est créateur sur la terre). Cette idée de création est nouvelle dans l'iconographie. Il peut être nu, asexué puisqu'il est créateur.
Le temple s'ouvre (culte du soleil). On n'a plus besoin de la pénombre mystique.
Importance du Livre des morts dans les tombes : formule magique permettant au défunt de sortir le jour et rentrer la nuit.
De - 1279 à -1213 ans : Ramsès II fait bâtir de nombreux monuments à travers tout le pays (Abou Simbel, achèvement de la grande salle hypostyle du temple d'Amon-Rê à Karnak, ajout d'une grande cour à portique et d'un grand pylône précédé de deux obélisques au temple d'Amon-Min à Louxor, construction de son temple funéraire, le Ramesséum, en face de Louxor), il fait sculpter de très nombreuses statues à son image et fait graver son nom sur presque tous les temples dont notamment ceux d'autres Pharaons, comme s'il les avait fait construire lui-même. Cette quantité extraordinaire d'objets d'arts et d'éléments architecturaux à son nom explique que l'on retrouve sa trace dans presque tous les musées du monde ayant un département d'antiquités égyptiennes.

 
Temple funéraire de Thoutmôsis Ier et de sa fille Hatschepsout (-1504 / -1453 ans, Deir el-Bahari, Vallée des Rois)
Le Pharaon Thoutmôsis Ier de la XVIIIe dynastie règne de -1504 à -1492 ans. Durant son règne, il fait de grandes campagnes au Levant (jusqu'à l'Euphrate) et en Nubie, repoussant les frontières de l’Égypte plus loin que jamais auparavant. Il construit de nombreux temples en Égypte et fait vraisemblablement creuser, pour lui-même, le premier tombeau de Pharaon attesté dans la vallée des rois et établit son temple funéraire à Deir el-Bahari à l'emplacement où sa fille, Hatchepsout, reine-Pharaon, construira le sien.
 
Amenhotep III (-1391 / -1353 ans, Musée de Louxor)
Le Pharaon Amenhotep III (Aménophis III en grec) de la XVIIIe dynastie mène l’Égypte à l’apogée de sa puissance. Ce n’est pas un guerrier mais un diplomate. Durant son long règne, une seule expédition militaire est attestée en Nubie pour réprimer une révolte. Quand en l'an 2 de son règne (-1406), il prend pour épouse Tiyi qui devient la grande épouse royale, il commande une série de grands scarabées dont le verso relate l'évènement et que l'on retrouvera disséminés dans tout l'empire.
Il déclare le premier qu'il est l'image de dieu sur terre. Il s'arroge une dimension quasi divine : "Je suis l'image de Dieu vivante sur Terre". C'est par l'image qu'il imposera cette relation avec le dieu. Ces statues idéalisent la jeunesse. représentent l'extrême jeunesse du Pharaon.
On note sous son règne un raffinement des formes de l'art officiel (statuaire, relief, peinture).
L'ouverture du pays se poursuit sous le règne d'Amenhotep III et on assiste à un syncrétisme religieux entre les dieux d'Égypte et d'Asie. Le roi du Mitanni envoie à Amenhotep la statue miraculeuse de la déesse Ishtar de Ninive. On considère parfois qu'Amenhotep III est l'un des initiateurs de l'art amarnien. Il est l’introducteur de la religion d’Aton qui va être suivie par son fils.

 

Temple d'Amon à Louxor (-1391 / -1353 ans, vue aérienne actuelle (1), entrée du temple et obélisque (2), vue aérienne reconstitution (3), Thèbes, Louxor) 1. 2. 3.

Le Pharaon Amenhotep III fait agrandir considérablement le complexe de Karnak en y faisant construire le temple de Louxor par son architecte Amenhotep fils de Hapou. Ce temple était relié au premier pylône du Grand temple d'Amon à Karnak par une allée (dromos) rectiligne de 2,5 kilomètres bordée de plus de 700 sphinx qui traversait la ville. L'élégance des formes architecturales et des proportions culmine avec ce temple (colonnes florales) qui est dédié à la triade des divinités de Thèbes Amon, Mout et Khonsou.
A l'entrée, il y a sur les façades des encoches pour des mâts à drapeaux. Un seul obélisque de granit rose (26 mètres) subsiste. Il repose sur un socle où quatre babouins, destinés à accueillir le soleil du matin, sont en position d’adoration. Le sommet pyramidal était recouvert d’une feuille d'un alliage d’or et d’argent qui étincelait au soleil, symbolisant le dieu-soleil Rê. L'autre obélisque (23 mètres) est sur la place de la Concorde à Paris.
Derrière, il y a une grande cour, puis deux salles hypostyles soutenues par des colonnes (réprésentant le lotus, papyrus, palmes...) formant une sorte de vestibule menant dans le sanctuaire (le Naos). Dans le Naos se situe un tabernacle avec une statue du dieu en or. Au fur et à mesure que l'on avance le sol s'élève et le plafond s'abaisse pour donner l'impression de s'enfoncer dans une pénombre mystique. Le grand prêtre, vêtu de lin (symbole de pureté) accomplit les rites plusieurs fois par jour (incantations, encens, il sort la statue, la lave et l'habille).

 
Les colosses de Memnon (-1360 av ans, 17 m de hauteur, Thèbes)

Le Pharaon Amenhotep III fait construire un immense château de milliers d'années en face de Thèbes dont il ne reste aujourd'hui que les colosses dit « de Memnon ».

 
Akhénaton IV et Néfertiti devant Aton (-1355 ans à -1338 ans, Musée du Caire)
Les deux bras levés, le couple honore Aton. Il recoit les croix de vie.

 

Akhénaton IV (-1355 / -1338 ans, (1) 1,37 mètres, calcaire, Musée du Louvre, (2) Musée du Caire)
1. 2.
Ces statues sont caractéristiques des nouvelles règles stylistiques instaurées sous Akhénaton IV : le corps du Pharaon ne se présente plus comme celui d'un athlète dont la musculature évoque la puissance de sa fonction ; au contraire, les épaules sont larges mais plates, le buste presque féminin, la taille haute et étroite, les hanches larges et épaisses, le ventre bas et lourd. Le visage est également caractéristique de cette création royale : le faciès est réalisé à partir de lignes droites, anguleuses et de surfaces planes qui s'opposent à des lignes et des volumes souples et courbes. Les traits du visage sont accentués : yeux en amende, menton saillant, visage allongé accentué par la longue barbe postiche qui s'étire vers la poitrine, lèvres lippées. Le visage du Pharaon est à la fois idéalisé et réaliste.
Les noms inscrits sur la statue (1) qui est fragment de pilier provenant d'un édifice bâti à l'est du temple d'Amon à Karnak, ne sont pas le nom du Pharaon mais du dieu dont il était l'image vivante sur terre et l'unique interlocuteur : "Rê-Horakhti apparu dans l'horizon en son nom de Chou qui est dans le disque". Ce colosse représente donc, sous les traits du souverain, le dieu solaire, créateur de l'univers et fondateur de la royauté.
 
Akhénaton IV et Néfertiti (-1355 / -1338 ans, calcaire peint, 22 cm, Musée du Louvre)
Cette sculpture représente Akhénaton et son épouse côte à côte, les yeux fixés droit devant eux. Elle était sans doute destinée à un autel privé, devant lequel les familles rendaient un culte au couple régnant. Il s'agit d'une image officielle du Pharaon et de la reine, idéalisée. Ils se tiennent la main et leur corps sont semblables (égalité des droits entre l'homme et la femme). De tout temps, le Pharaon a joué en Egypte le rôle d'intermédiaire entre les dieux et les hommes. A l'époque d'Akhénaton, c'est le couple royal, homme et femme, qui joue ce rôle plus fortement que jamais. Le soleil, "désincarné", n'est représenté que par sa manifestation visible, le disque-aton, et les souverains en sont l'unique manifestation sur terre. Dans les scènes religieuses, ils sont donc les seuls à recevoir ses rayons. Au dos de la plaque dorsale se trouve des inscriptions qui associent étroitement le soleil, le Pharaon et la reine. Derrière le Pharaon, on lit : "Que vive le soleil, le souverain de l'horizon, qui se réjouit dans l'horizon, en sa qualité de rayonnement qui vient du disque-aton, qu'il vive toujours et à jamais ; le Pharaon de Haute et Basse Egypte Néferkhépérourê-Ouâenrê, qu'il vive." Derrière la reine, le nom du dieu, semblable, est suivi cette fois de : "La grande épouse royale Néfernéférouaton-Néfertiti, vivante toujours et à jamais."
Lors des fouilles d'Amarna, on a découvert dans les demeures privées un certain nombre de petits monuments, stèles et statues, représentant le Pharaon et la reine. Une chapelle était présente dans de nombreuses maisons, devant laquelle les familles rendaient hommage au couple royal, seule manifestation vivante et terrestre de l'inaccessible disque solaire.
 
Néfertiti (-1350 ans, calcaire polychrome, 48 cm, Musée égyptien de Berlin)

Néfertiti, l'épouse d'Amenophis IV, est représentée ici de façon surprenante : on pense plus à une personne, un être de chair qu'à une sculpture. Et en même temps elle est idéalisée : c'est un réalisme idéal, une icône. Cela tient au regard, à la couronne élégante et facile à poser. Le maquillage est très fin, le cou impérial.

 
Masque funéraire de Toutankhamon (-1345 / -1327 ans, Or, Musée du Caire)
Toutankhamon est un Pharaon de la XVIIIe dynastie, fils d'Akhénaton et de la propre sœur de ce dernier, dont l'identité est inconnue (et non le fils de Néfertiti, comme on pouvait le croire jusqu'à présent). Il va régner jusqu'à l'âge de 18 ou 19 ans. Pharaon obscur, Toutânkhamon doit sa célébrité à la découverte de sa sépulture intacte par l'archéologue britannique Howard Carter en 1922 et au fabuleux trésor qu'elle recèle. La notoriété de la découverte augmenta grâce à une légende reprise par la presse de l'époque et faisant état d'une malédiction du Pharaon.
Le masque porte un cobra et un vautour (déesses de la Haute et Basse Egypte), des pierres précieuses ayant un symbolisme : cornaline (évocation du sang des dieux), or (évocation de la chair des dieux) et lapis-lazuli (évocation des cheveux des dieux).
 
Trône royal de Toutankhamon (-1345 / -1327 ans, or, argent et émail, Musée du Caire)
La décoration du trône royal représentant Toutankhamon et la reine Ankhsenamon est caractéristique du style esthétique instauré par Akhénaton IV : pose inédite, voiles, ventre rond (symbole de fertilité et création), Aton. Toutankhamon se fait mettre de l'huile par sa femme (pour lui conférer souplesse et chaleur pour sa vie éternelle).
 
Statuette de femme nue (-1300 ans, 10 cm, ivoire, Musée du Louvre)
La jeune femme est entièrement nue, debout, la jambe gauche avancée, les bras collés le long du corps. Elle porte une perruque ronde à boucles serrées et courtes et regarde droit devant elle. Elle évoque la délicatesse et la suavité : tronc tout en longueur, des épaules étroites à la ligne douce, le dos légèrement voûté, la poitrine menue mais bien ronde, l'abdomen, les fesses et les cuisses aux courbes pleines et gracieuses.
 
La déesse Hathor accueille Séthi Ier (-1294 /-1279 ans, 2.26 mètres, calcaire et peinture, Thèbes, Musée du Louvre)
Séthi Ier est un Pharaon de la XIXe dynastie. Fils de Ramsès Ier, il est le père de Ramsès II.
Ce bas-relief provient de la tombe de Séthi Ier, la plus grande de la vallée des Rois. La déesse Hathor (souveraine de l'Occident : le monde des morts) y reçoit le souverain. Elle lui saisit la main et lui tend le collier de l'immortalité. Elle se tient immobile et droite alors que le Pharaon semble en mouvement, légèrement penché vers elle, les jambes en position de marche. La déesse Hathor jouait un rôle important dans l'accueil et l'accompagnement des morts dans l'au-delà. Dans cette scène, le hiératisme traditionnel du dessin égyptien est nuancé par une douceur héritée de l'art arménien : délié des mains, retombées souples des rubans de la perruque du Pharaon et la présentation des deux pieds (gauche et droite) contrairement au passé où deux pieds gauches étaient représentés (changement apporté par Akhénaton IV). Le fond doré en jaune renvoie à l'idée de richesse. Les atours dont ils sont parés reflètent le raffinement et l'élégance de l'art de ce règne : sophistication de la coiffure d'Hathor, fluidité de sa tunique, transparence et légèreté du vêtement du Pharaon. Les bijoux portent les couleurs des matériaux précieux dans lesquels ils sont fabriqués : l'or, l'argent, le lapis-lazuli, la turquoise et la cornaline.
 
Serviteurs funéraires (-1294 / -1279 ans, 21 cm, calcaire avec pigments, Fitzwilliam Museum, University of Cambridge)

Les serviteurs funéraires (oushebtis en égyptien : "corvéables", "répondants", "figurines funéraires"...) sont de petites statuettes figurant un personnage debout généralement emmailloté dans des bandelettes (momiforme), parfois habillé, dont les bras croisés empoignent des instruments ou des attributs variés.
Les premiers exemplaires apparaissent vers -1991 à la XIIe dynastie au Moyen Empire. Ils prennent l'apparence de la momie du défunt (souvenir de la momie du dieu Osiris) et leur fonction consiste à servir le mort à la place des personnages figurés sur les murs de la tombe ou déposés dans le caveau sous la forme de "modèles réduits" (cf. Moyen Empire). Le serviteur funéraire résulte de la combinaison de plusieurs idées :
- image d'une société fondée sur l'agriculture où l'irrigation est contrôlée par une organisation hiérarchique
- conception d'un autre monde agraire où les morts doivent des "corvées"
- nécessité d'un service d'offrandes alimentaires, effectives ou symboliques, pour assurer la survie du défunt.
Ramsès II en avait plus de 365 dans sa tombe et Toutankhamon en avait 400 (un serviteur par jour et des contremaîtres).

 
Hapy (-1280 ans, granit rose et gris bas, Temple de Louxor)
Bas-relief du trône de Ramsès II (voir en introduction)
 
Livre des morts (-1275 ans, Papyrus, British Museum)

Le livre des morts (pouvant atteindre 25 mètres de long) est enroulé près de la momie. C'est un hymne aux dieux avec des formules magiques permettant au défunt d'éviter les obstacles, de sortir de la terre le jour et de rentrer la nuit. Ramsès II ajoute une deuxième condition pour obtenir l'immortalité : se faire embaumer (la première condition était de passer le jugement d'Osiris - cf. texte des sarcophages de l'époque du Moyen Empire). Le livre des morts indique les étapes pour le jugement des morts :
- Osiris réalise le jugement en posant sur une balance d'un côté le cœur du Pharaon, de l'autre la plûme de la Maât (équilibre cosmique, principes moraux et vertus de modération, discrétion, générosité)
- Thot note le résultat (tête d'Ibis ou babouin ; dieu de l'écriture, de la sagesse)
- Anubis réalise la momification (tête de chien ; dieu de la momification) : il rassemble les morceaux qu'Osiris a séparés. Il touche le cœur et l'estomac de la momie et regarde la momie dans les yeux pour la réveiller.
Les Egyptiens avaient constaté que des hommes étaient bien conservés naturellement dans le sable (natron : carbonate de sodium naturel). Il faut environ 70 jours pour la momification : éviscération (les viscères sont mises dans des vases représentés avec les têtes des quatre fils d'Horus : têtes d'homme, de singe, d'oiseau, de chien), déshydratation (utilisation de linges contenant du natron et des substances aromatiques ; exposition au soleil), bandelettage (mise en place d'amulettes entourées de papyrus, pose des bandelettes de lin en 7 couches et pose d'un suaire), placement dans un sarcophage.
Les amulettes permettent au défunt de passer dans le monde des morts. Une fois le voyage accompli et que la momie regagne son sarcophage, on procède à l'ouverture de la bouche et des yeux, ce qui permet d'animer la momie.

 
Colosses de Ramses II (-1254 ans, 20 mètres de hauteur, Abou Simbel)
Ramses s’est inspiré du temple funéraire d’Amenhotep III gardé par les célèbres Colosses de Memnon. Il a développé le modèle de son prédécesseur, tant par la taille des colosses, que par leur nombre. Mais les 4 Ramses ne sont pas seuls. Au centre, le dieu Horus fait lui aussi face au soleil et garde la porte d’entrée. Aux pieds des colosses, les membres de la famille royale. A l’intérieur, une salle-cour, de forme allongée, avec 8 colosses debout de Ramses. Sur les parois, des reliefs représentant la vie du Pharaon, dont la célèbre Bataille de Qadesh. Dès Séthi Ier, on a une iconographie mettant en avant la vie du souverain, notamment sur les pilones des temples (Pharaon avec son char, scènes de chasse métaphoriques qui symbolisent le Pharaon terrassant ses ennemis : un mythe raconte que Ramsès II aurait dérouté 2500 chars ennemis).
 

6. Basse Epoque
 

De -1080 ans à -332 ans :

Capitale : Tanis, Saïs (au nord près de la Méditerranée), Memphis

Politique :
-1080 ans : Troisième Période intermédiaire. Avec l'effondrement de l'empire des Ramsès le pays se divise à nouveau en deux.
-664 ans : La Basse Epoque commece avec la XXVIe dynastie dite période Saïte (du nom de la ville Saïs dont est originaire la dynastie). Psammétique Ier expulse les Assyriens et refait l'unité du pays. C'est une période troublée avec des souverains étrangers libyens, éthiopiens, assyriens. Amasis est le dernier grand Pharaon de cette dynastie.
-525 ans : Cambise II, le roi perse conquiert l'Egypte.

Religion :
de -664 ans : culte du taureau Apis et dévotion aux animaux sacrés qui sont les réceptacles de la puissance divine incarnée sur terre. Ils sont les substituts d’une royauté sujette aux soubresauts, pour garantir la marche de l’univers.
Les animaux sont momifiés (chat, chien, taureau). Développement des superstitions.

Art :
-1080 ans : grande production de Bronzes, de statues de grandes prêtresses qui sont aussi les épouses terrestres des dieux.
-664 ans : renaissance culturelle penfant la période Saïte. L’art d’État se développe grâce à la restauration de l’ordre et à la prospérité économique. Le déplacement du centre du pouvoir de Saïs à Memphis fait du classicisme memphite de l’Ancien Empire le modèle artistique. L’activité monumentale est forte à Memphis : le Sérapéum de Saqqarah est agrandi. Les constructions sont nombreuses aussi à l’intérieur du delta, en particulier à Saïs où le grand temple de la déesse Neith devient un des principaux centres de la vie religieuse et culturelle. C’est aussi à l’époque saïte que se codifient nombre de grands corpus de textes religieux et funéraires (recension saïte du livre des morts développé au Nouvel Empire). On voit réapparaître sur les sarcophages des notables des séquences des anciens textes des pyramides. On trouve de plus en plus de statues de particuliers dans les temples. On note un souci de réalisme pour les expressions (influence Grecque). Le Pharaon Amasis (le plus philhellène ou ami des Grecs et de leurs arts) finance la reconstruction du temple d'Apollon.
- 395 ans : fin de "l'art égyptien" qui est surtout une production funéraire.

Statue de la divine adoratrice d'Amon, Karomama (-945 / -715 ans, fonte, alliages variés cuivre, or et argent, 59,5 cm Musée du Louvre)

En marche sur un socle, pieds nus, les bras tendus pour agiter les sistres (petit bâton égyptien fabriqué à l'aide de papyrus au bout duquel est accroché une boule de feu. C'est un signe de victoire, de pouvoir, et de chance), Karomama est vêtue d'une robe plissée près du corps, aux manches amples. À demi-longue, la robe est prise dans le plumage du vautour qui glisse sur les cuisses. La coiffure courte emboîte largement le visage. Une fastueuse parure d'orfèvrerie rayonne sur le haut de ses épaules et la naissance de sa poitrine. On est séduit par la féminité de la figure aux proportions élancées. Par contre, le visage aux détails raffinés, comme les yeux incrustés, le nez effilé, et la petite bouche ourlée, montre une expression sévère. Karomama est en effet représentée dans l'exercice de sa fonction de Divine Adoratrice.
Les inscriptions sur le socle indiquent son identité : "aimée d'Amon-Rê, elle est son épouse divine, la Divine Adoratrice". Entièrement consacrée au dieu, elle accomplit les rites dans le temple de Karnak, agite les sistres pour réjouir Amon et l'apaiser.

Chatte (-664 / -610 ans, fonte, métal cuivreux et or, 27.6 cm, Musée du Louvre)

Avec le culte des animaux qui l'emporte sur le culte divin, le chat domestique devient très important. La statue représente la déesse Bastet, fille du soleil et protectrice du foyer. Sa silhouette est élégante et altière, les lignes sont épurées, ce qui lui confère dignité et force. Elle est parée d'un collier de perles et d'un pendentif pectoral décoré d'une tête de félin surmontée d'un disque solaire. Sur sa tête est gravée l'image d'un scarabée.
À l'origine, Bastet est une déesse lionne associée au dieu solaire dont elle incarne la puissance destructrice. Puis vers -1000 ans, elle est aussi, sous sa forme féline adoucie de chatte, maîtresse de la fécondité et protectrice du foyer. Des statuettes et des figurines de matières diverses la représentent alors, en mère chatte attentive, avec ses petits jouant autour d'elle ou accrochés à ses mamelles ou en posture "royale".

 
Crédit Textes et Photos :
www.louvre.fr / www.metmuseum.org / www.insecula.com
www.thebritishmuseum.ac.uk / fr.wikipedia.org / www.men.ch / www.smb.museum